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A propos de la Syrie.

mardi 3 septembre 2013, par M Milaveau


  Sunnite, chiite, alaouite, druze, baasisme... Des mots aujourd’hui familiers. Un peu d’histoire politique et religieuse pour essayer de comprendre les enjeux de la guerre civile syrienne.


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Le contexte politique.


La République arabe de Syrie est un Etat du Proche-Orient de 185 000 km² et 22 M. d’habitants. Dans ses frontières actuelles, c’est un Etat récent : l’indépendance a été proclamée en 1946 après 26 ans de mandat français.


On appelait mandat un territoire allemand ou ottoman confié, aux lendemains de la Grande guerre, par la SDN - Société Des Nations, ancêtre de l’ONU- aux puissances victorieuses qu’étaient la France (Syrie, Liban, Cameroun, Togo), la Grande-Bretagne (Palestine, (Trans)Jordanie, Tanzanie), la Belgique (Rwanda, Burundi).


Depuis le coup d’ Etat de 1963 qui porte au pouvoir Hafez El Assad -le père de l’actuel dirigeant Bachar El Assad-, le pays est dirigé par le parti Baas. Ce parti a été fondé en 1947 à Damas par le chrétien Michel Aflak et le musulman Salah Al Din Bitar. Il se veut panarabe (volonté d’unir tous les Arabes), nationaliste et laïque mais devient rapidement l’instrument de la dictature affairiste d’une minorité religieuse à laquelle les Assad appartiennent : les Alaouites, installés dans les montagnes du littoral autour de la ville de Lattaquié.


Pour les partisans du régime, la Syrie est victime d’ingérences extérieures qui visent à terme à l’éclatement du pays en plusieurs entités étatiques. Le souvenir est en effet vif de la politique française (et anglaise) du "diviser pour régner" mise en oeuvre en 1920 avec la création des Etats du Levant dont témoigne l’existence du Liban, créé sous le nom de Grand Liban afin de protéger la communauté chrétienne maronite (voir carte).


On appelle maronite une Eglise d’Orient fidèle à l’Eglise catholique tout en conservant sa langue, ses rites et son droit canon (= droit religieux). Elle est dirigée par le patriarche d’Antioche.



 


 


Tout celà alors que des projets de redécoupage territorial sur des critères communautaires (ethniques et/ou religieux) existent depuis au moins 2006 aux Etats-Unis :


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Ces ingérences seraient le fait des grandes puissances, notamment un axe anglo-israélo-américain qui utiliserait / manipulerait les fondamentalistes musulmans -djihadistes, intégristes, Al Qaïda- infiltrés en Syrie à la faveur de la première opposition politique, celle du "Printemps arabe" qui a renversé en 2011 Moubarak en Egypte et Ben Ali en Tunisie.


C’est là qu’intervient un fait religieux propre à l’Islam : l’antagonisme sunnisme-chiisme dont jouent les puissances. Détestation du régime syrien par des Etats sunnites comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar ; antagonisme américano-iranien depuis la révolution iranienne de 1979 et l’instauration à Téhéran d’une théocratie (gouvernement exercé par un clergé au nom de Dieu) par l’imam Khomeiny ; dénonciation occidentale d’un axe chiite Syrie-Irak-Iran soupçonné de soutenir le terrorisme international par l’intermédiaire de groupes comme le Hezbollah au Liban ; soutien de la Russie à la Syrie (base navale russe de Tartous libérant le pays du passage des détroits turcs des Dardanelles et du Bosphore pour ravitailler l’escadre méditerranéenne, thématique de la lutte contre le djihad depuis les guerres de Tchétchénie, désir de contrer l’OTAN et de s’affirmer grande puissance après l’humiliation subie lors de la guerre du Kosovo menée par l’alliance atlantique contre l’allié serbe).


Le contexte religieux.


 


 


L’Islam (="soumission à dieu") est la dernière des trois religions monothéistes révélées. Elle naît de la prédication au VII° du prophète (="envoyé de Dieu") Mahomet (="le Loué"). A sa mort en 632, les Arabes sont devenus musulmans ("croyants") mais l’umma (= "communauté des croyants") se déchire quand il s’agit de choisir un successeur au prophète. C’est le schisme (="séparation religieuse") chiite.


La majorité des musulmans choisit la sunna (= "la tradition") et accepte comme califes ("=successeurs") Abu Bakr, Omar et, en 657 Othman à la place d’Ali, cousin, fils adoptif et beau-fils de Mahomet (il avait épousé sa fille Fatima). Aux sunnites s’opposent les chiites (="les partisans") qui ne reconnaissent qu’ Ali et ses descendants pour succéder au Prophète.


Ayant une lecture littérale du Coran, revendiquant un retour à l’Islam des origines, des groupes sunnites sont à l’origine du salafisme. Les plus connus des salafistes sont les wahhabites, au pouvoir en Arabie Saoudite depuis la conquête et l’unification du pays par Ibn Saoud en 1932. Bien que rivaux, on peut y joindre les Frères musulmans -fondés au Caire en 1928- dont l’objectif principal est la réislamisation des sociétés.


Les chiites ont une conception plus cléricale de l’Islam : ils accordent une place éminente à l’imam (le guide qui dirige la prière) appelé mollah ou ayatollah en pays iranien. Le chiisme est souvent identifié aux mouvements de contestation sociale ou politique. Dans nombre de pays musulmans, il est la foi des humbles, des délaissés qui attendent le retour du Mahdi, le "sauveur", douzième imam, occulté par Allah (= soustrait au monde et vivant caché) qui apparaîtra à la fin des temps pour restaurer la justice et la paix. Cette doctrine millénariste n’est pas sans rappeler l’idée chrétienne de la parousie (retour du Christ sur terre à la fin des temps) et fut à l’origine d’une grande révolte au Soudan à la fin du XIX°. 


Alaouites et Druzes sont des sectes dissidentes du chiisme, présentes notamment en Syrie, Liban et Turquie. Ils partagent une conception plus "ouverte, libérale" du Coran (="la récitation") et gardent secrets appartenance et rites afin de se protéger des persécutions dont sont victimes les minorités. 


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Les « événements » de Syrie conjuguent donc oppositions politiques (hétéroclite, sans leader affirmé, l’opposition syrienne peine à exister par manque de buts clairement définis et donc d’unité), données géopolitiques (implication et rivalité des grandes puissances ; la dislocation de la Syrie poserait à nouveau la question de la création d’un Kurdistan indépendant comme envisagé en 1920) et haines religieuses (sunnisme-chiisme). La Syrie apparait comme un espace de confrontations.


Comment sortir d’un tel imbroglio ? 


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Pour en savoir plus :


http://espacepolitique.revues.org/1619 


Comprendre la rebellion en Syrie . Une vidéo du journal Le Monde : 


 http://www.lemonde.fr/proche-orient/video/2013/09/26/carte-comprendre-la-rebellion-syrienne-en-5-minutes_3485527_3218.html


 http://www.lemonde.fr/proche-orient/video/2013/09/26/carte-comprendre-la-rebellion-syrienne-en-5-minutes_3485527_3218.html