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Les révolutions arabes.

samedi 26 février 2011, par M Milaveau

Si la cause immédiate est clairement identifiée : la mort le 4 janvier 2011 par immolation par le feu de Mohamed Bouazizi
les causes profondes sont plus difficiles à cerner.
 
Comme toujours, ces événements traduisent des évolutions en profondeur des sociétés, évolutions parfois anciennes.
Trois -complémentaires- me semblent intéressantes à retenir. 
 
La première (*) est le fruit d’une histoire économique et sociale qui a conduit les Etats arabes "au seuil du statut d’économies émergentes intégrées à l’économie mondiale". Mais ce développement s’est fait à l’abri de structures étatiques confisquées par des systèmes de pouvoir dynastiques (monarchies du Golfe), claniques (le clan Ben Ali et la famille Trabelsi en Tunisie) ou politiques (Moubarak "règne" sur l’ Egypte depuis 1981, Khadafi depuis 1969 sur la Libye). La pérennité du pouvoir repose sur la peur , la répression et une redistribution -partielle- de la rente pétrolière pour ceux qui ont des hydrocarbures ou de l’aide étrangère (USA pour l’Egypte par ex.) ,source du clientélisme
Ainsi, la croissance économique est-elle insuffisante pour absorber des millions de jeunes de plus en plus éduqués et qualifiés alors même que la "crise" se fait cruellement sentir et que les mentalités ont profondément évolué.
 
C’est là pour le politologue, sociologue et historien Emmanuel Todd et le démographe de l’INED Youssef Courbage la seconde origine (**). La transition démographique a bouleversé les sociétés du Maghreb et du Machrek (= l’Orient arabe) et a entraîné "la transition démocratique" . Une population très jeune : les moins de 24 ans représentent de 42 à 52% de la population (30% en France) , alphabétisée, éduquée "maintenue dans la misère par manque de perspective professionnelle... ne peut que se révolter".
 
Enfin, pour Hussein Agha -politologue à Oxford- et Robert Malley -ancien conseiller du président Clinton- , les sentiments d’humiliation et de dépossession jouent aussi un rôle important (***). Au moins depuis le 11 septembre 2001 et la guerre d’Irak, le monde arabe se perçoit comme non maître de son destin, obligé de subir un un agenda, un modèle et des pouvoirs imposés par l’ étranger au profit de l’étranger. Recherche de dignité , "de souveraineté, de liberté ou d’honneur" : tels sont pour nos auteurs les ressorts des manifestations dans le monde arabe.
 
(*) & (**) : Le Monde Economie du 8/02/2011.
(***) : Le Monde 20-21/02/2011.