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La force du"made in Japan".

jeudi 17 mars 2011, par M Milaveau

 
"La tragédie qui frappe le Japon en ce mois de mars suscite des interrogations sur l’avenir d’une économie qui, en 2010, a réalise une croissance de 3,7 % [...] et qui avait commencé la nouvelle année de manière plutôt positive. C’était jusqu’au séisme qui a dévasté la région du Tohoku. Combien coûtera la reconstruction ? [...]
 
Une chose paraît certaine : le drame porte un nouveau coup à une économie qui a par ailleurs connu un tournant symbolique en 2010. Au terme d’une trentaine d’années de développement à marche forcée, la Chine a ravi au Japon la deuxième place dans le classement des économies mondiales, une position qu’il occupait depuis 1968. [...] il semble que le Japon a encore de quoi tenir son rang dans l’économie mondiale. Au terme de l’exercice 2010 clos fin mars, les grands groupes manufacturiers - moteurs de l’activité nationale car principaux débouchés de milliers de PME aux compétences parfois uniques - devraient enregistrer des profits avant impôt de 8 350 milliards de yens (73 milliards d’euros), un montant équivalent à 73 % du niveau record atteint en 2007.

Une performance réalisée malgré la forte appréciation du yen ( la devise du pays ; une devise qui s’apprécie pénalise les exportations en les renchérissant)... car les géants nippons [... ] réalisent l’essentiel de leurs gains sur les marchés étrangers, où le " made in Japan ", avec ses produits qui ont marqué leur époque comme le Walkman de Sony, la Prius de Toyota ou encore la console de jeux Wii de Nintendo, bénéficie toujours d’une image de qualité et de fiabilité. L’un des principaux dépositaires de cette " marque ", le constructeur automobile Toyota, a même réussi à conserver sa première place mondiale malgré une crise sans précédent marquée par le rappel massif de 18 millions de véhicules en seize mois.

Les bons résultats de 2010, conjugués à une progression de la rentabilité, montrent que Toshiba, Canon et consorts ont su profiter des années de stagnation pour se transformer, s’adapter à la nouvelle donne internationale. [...]

Ces groupes restent par ailleurs à la pointe de l’innovation, ce qui explique en partie le fait que le Japon conserve un excédent commercial avec la Chine et la Corée du Sud. Les industriels nippons parviennent encore à proposer des savoir-faire uniques qui leur permettent de vendre à des géants de l’électronique comme Samsung des petites " boîtes noires " contenant une technologie qu’ils sont les seuls àmaîtriser, indispensable au fonctionnement des appareils les plus à la mode.

Dans la compétition mondiale, les géants de l’Archipel occupent des places enviables dans plusieurs secteurs-clés : l’électronique grand public, l’automobile, la robotique ou encore les technologies environnementales. Cette avance a été acquise grâce à une politique volontariste de soutien à l’innovation...Aujourd’hui, Tokyo investit 3 % du PIB dans la recherche et développement. [...]

Cette capacité d’innovation fait du Japon le premier pays en termes de dépôt de brevets, devant les Etats-Unis et la Chine. Cela lui permet de maintenir une avance qui peut parfois se retourner contre lui. Certains produits ne sont vendables que dans l’Archipel. [...] Ce phénomène, baptisé " Galapagos " (un archipel perdu dans l’océan Pacifique) trouve son illustration sur le marché des téléphones portables. Les modèles développés par NEC, Toshiba ou Fujitsu conservent une longueur d’avance sur leurs concurrents étrangers. Bien avant l’arrivée de l’iPhone d’Apple, ils permettaient déjà de régler ses achats, de regarder la télévision en haute définition, de surfer sur Internet. Mais ils n’ont jamais réussi à s’imposer à l’étranger... Le Japon est une puissance industrielle et novatrice et compte bien le rester en portant à 4 % la part du PIB dans la recherche et développement".

Philippe Mesmer in Le Monde Dossier JAPON 17/03/2010.

Séisme et tsunami ont des conséquences économiques :

La situation de la filière électronique n’est pas brillante. Laurence Girard écrit le 17/03/2011 :

" Centres de recherche endommagés, usines fermées, ressources énergétiques limitées, réseaux de transports perturbés[...] Sony a ainsi recensé 8 sites dont l’activité est interrompue : usines de fabrication de CD, DVD, lasers, batteries lithium-ion [...] Canon a 4 usines à l’arrêt, Hitachi 6 [...] Or, les fournisseurs japonais représenteraient 20% de la production de composants électroniques dans le monde... A lui seul, Toshiba pèse 35% de la fabrication des mémoires flash que l’on retrouve dans les smartphones, tablettes et appareils photos numériques... " On peut donc s’attendre à une hausse des prix

Dans un autre article, la journaliste Nathalie Brafman dresse un état de la situation des constructeurs automobiles japonais. Le Monde 17/03/2011.

"L’industrie automobile japonaise est à l’arrêt... toutes les usines des plus grands constructeurs -Toyota, Nissan et Honda- sont fermées faute d’approvisionnement car si les installations n’ont pas été détruites, c’est le réseau des équipementiers et de leurs fournisseurs qui a souffert, sans compter la difficulté pour acheminer les pièces dans un pays où la logistique est désormais totalement désorganisée alors que la particularité du secteur est de fonctionner en flux tendus -en "Kanban" = "étiquette" : un concept inventé par Toyota consistant à ne produire qu’à la demande afin de limiter les stocks et les coûts.L’exportation est donc touchée (le pays est le 2° exportateur mondial derrière l’Allemagne) mais aussi des usines européennes dont les fournisseurs sont au Japon (batteries Sanyo)."