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Les mutations de la démocratie.

lundi 3 octobre 2011, par M Milaveau

En réponse à une question du journaliste sur "les formes insidieuses de contrôle des esprits", G. Hermet répond :
"Nous vivons une situation paradoxale. A priori, notre liberté est totale. Mais c’est une liberté faussée, soumise à une censure qui n’est pas extérieure mais que nous avons tendance à intérioriser. Il y a des mots que l’on n’ose plus utiliser : voyez l’expression "souveraineté du peuple". Pourtant liée depuis toujours à l’idée de démocratie, elle fut d’abord placée en exergue du projet de constitution européenne avant d’être exclue de sa version finale. Il y a d’autres mots, à l’inverse, dont on use à tort et à travers au point de ne plus savoir de quoi on parle, comme "citoyen" ou "républicain". Notre liberté de parole est de plus en plus encadrée par une sorte de préservatif lexical qui garantit la bonne pensée"... 
 
 En quoi ce "nouvel ordre moral" est-il dangereux pour la démocratie ?
G.H. "Il ne faut pas oublier que le logos, en grec, signifie à la fois la parole et la raison. Ainsi, quand on crée de la confusion dans les mots, on "désinstruit" les gens, on sape l’esprit critique. Par ex (...), on parle de "gouvernance" au lieu de "gouvernement" ou encore "d’ajustements sociaux" pour euphémiser ce qui conduit en fait au démantèlement de l’Etat providence. Bref, un lexique anesthésiant qui tend à dépolitiser les problèmes, à masquer le caractère conflictuel de la réalité. La conséquence, c’est un appauvrissement de la pensée.Or, la vraie démocratie réside dans la capacité qu’a le peuple de faire des choix. Il doit pour celà y voir clair. L’important est de retrouver cette capacité de résistance qu’offrent les mots".
 
Note de lecture :