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Les révoltes antifiscales.

lundi 28 octobre 2013, par M Milaveau

 "Ecotaxe : le jour où la Bretagne s’est enflammée.


Ce samedi, des affrontements d’une rare violence se sont déroulés devant le portique de Pont de Buis (29). Un millier de Bonnets rouges , opposés à l’écotaxe, se sont heurtés aux forces de l’ordre" rapporte France 3 Bretagne. 


Qui sont donc ces "Bonnets rouges" dont parle le journaliste ? 


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Les "bonnets rouges" renvoient à l’une des plus importantes révoltes antifiscales de l’Ancien régime : la révolte du papier timbré dite aussi des Bonnets rouges qui a eu pour cadre géographique la Bretagne en 1675.


Le bonnet rouge est le signe de ralliement des insurgés du centre ouest de la Bretagne . Il s’agit pour eux de s’opposer aux exigences fiscales de Louis XIV qui doit financer la guerre de Hollande (1672-1678). Et Colbert d’imaginer de nouvelles ressources. Ces seront les taxes sur le papier timbré , le monopole du tabac et un droit de marque sur la vaisselle d’étain. La rumeur parle même de l’introduction en Bretagne -pays franc donc exempté - de l’ impôt sur le sel : la gabelle. Or, depuis l’acte d’union de 1532, tout nouvel impôt doit être voté par les Etats généraux de Bretagne... Dirigés par Sébastien Le Balp qui lève une armée de 6 000 hommes, les  Bretons entrent en rébellion.  Louis XIV décide alors d’envoyer des troupes en Bretagne et le duc De Chaulnes, gouverneur de la province, fait intervenir l’armée. La répression est sans pitié.


Certains historiens ont voulu voir dans cette révolte les p rémices de 1789, notamment à la lecture du Code paysan :


http://www.contreculture.org/TB_Code_Paysan_1675.html


Pour en savoir plus sur la révolte des Bonnets rouges :


http://www.revolte-papier-timbre.com/bonnets-rouges/


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Cette révolte des Bonnnets rouges est l’une des nombreuses révoltes antifiscales qui émaillent le XVII° siècle français. Parmi celles-ci :


1624 : révolte des Croquants du Quercy. Une jacquerie. Les paysans du Quercy se révoltent au printemps 1624 à la suite de l’annulation de l’exemption à la gabelle dont bénéficiait le Quercy.  


L’origine du mot "croquant" est discutée :


http://www.aprh.info/MFA_NEW/HISTOIRE/croquants/Croquants_intro.htm 

  • 1639-41 : la révolte des Va-nu-pieds affecte le Cotentin et une partie du bocage normand. Il s’agit une fois de plus de trouver de l’argent afin de financer la guerre dite de Trente Ans (1618-1648). Le gouvernement décide de supprimer le privilège de quart-bouillon dont bénéficiait le Cotentin et de soumettre toute la production -vendue dans les greniers à sel- à la gabelle. 
  • En savoir plus : 
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_des_va-nu-pieds
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  • 1659 : La révolte des Sabotiers en Sologne. Par décret royal, on ne peut plus payer la taille avec des liards, pièces en cuivre, très communes. Une manipulation monétaire du gouvernement Mazarin pour augmenter les recettes mais qui frappe le petit peuple.
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  • 1656-1662 : la révolte des Lustucrus nous emmène dans le Boulonnais. Contre des impôts de plus en plus lourds et des réquisitions alors que la situation économique est très difficile. http://lacontrehistoire.over-blog.com/la-r%C3%A9volte-des-lustucrus
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  • 1707 : la révolte des Tards Avisés nous ramène dans le Quercy. Révolte de paysans de plusieurs paroisses à la suite de l’instauration de taxes sur les contrats de mariage et de baptême. Commencée en mars, la révolte est matée par les dragons du roi en mai... 
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  • Les révoltes sont donc incessantes dans la France du XVII°. Elles sont la réponse à une pression fiscale croissante pour financer les guerres mais aussi construire l’Etat moderne .
  • L’impôt est d’autant plus insupportable qu’il pèse quasi exclusivement sur le tiers état (paysans, artisans, commerçants, bourgeois), noblesse et clergé étant exemptés (ordres privilégiés). Ce n’est qu’en 1789 que la révolte deviendra politique : une nouvelle crise financière et budgétaire poussera Louis XVI à convoquer les Etats Généraux . On connaît la suite...
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  • La dernière grande révolte antifiscale qu’a connu notre pays est celle menée par un libraire-papetier de Saint-Céré dans le Lot : Pierre Poujade.
  • En 1953, ulcéré par les contrôles fiscaux, il fonde l’UDCA : Union Des Commerçants et Artisans dont le recrutement dépasse rapidement le monde du commerce et de l’artisanat pour s’étendre au monde paysan. Se prétendant apolitique, le mouvement n’en présente pas moins des candidats aux législatives de décembre 1955 autour du slogan "Sortir les sortants", étayé d’un discours "contre les trusts apatrides, les trusts électoraux, contre le gang des exploitants, le gang des charognards". Ce discours populiste fait mouche : 2,5 millions de suffrages et 52 députés élus. Parmi eux, Jean Marie Le Pen. Ce succès inattendu s’explique par la conjoncture économique : la France tourne la page de la reconstruction et la croissance économique bouleverse les structures économiques : la boutique et la petite ferme sont condamnées. Pour l’historien Dominique Borne, "le poujadisme est nostalgie : au lendemain de la guerre, les commerçants et les artisans ne sont plus le centre fort de la société française ; l’air du temps exalte plus volontiers le prolétariat et les nouvelles classes moyennes salariées". D’où la révolte alors même que le fisc se fait pressant. Avec l’élévation du niveau de vie et le retour du général de Gaulle au pouvoir, le mouvement politique décline rapidement.
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  • Bibliographie :
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  • BERCE Yves-Marie : "Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648"
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  • PORCHNEV Boris : "Croquants et Nu-pieds : les soulèvements paysans en France du XVII° au XIX° "
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  • SIRINELLI Jean-François (sous la direction de) : "Dictionnaire historique de la vie politique française au XX° "
  • "croquant" viendrait de l’accusation formulée par les paysans contre les gentilshommes guerriers de « croquer et dévorer les pauvres gens de la campagne ». En faisant la chasse aux gens de guerre, les paysans auraient crié « Sus aux croquants ». Le sobriquet leur aurait été retourné